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auto_storiesHISTOIRE · SCOLAIRE

Nour, 9 ans,
et les lettres
de Sfax.

Née à Lyon, elle comprend l’arabe que ses parents parlent à la maison et ne sait pas le lire. Ses grands-parents lui écrivent depuis qu’elle sait tenir un crayon. Elle n’a jamais pu répondre.

placeLyon, France translateArabe · langue d’origine schedule5 minutes de lecture
01 Les lettres

Une enveloppe tous les deux mois, jamais ouverte par elle.

Sa grand-mère écrit à la main, en arabe. Nour reconnaît son prénom en haut de la page et rien d’autre. C’est sa mère qui lit à voix haute, et qui écrit les réponses sous sa dictée.

Elle me dictait des phrases pour sa grand-mère. À neuf ans, elle a commencé à trouver ça humiliant.

ATAmel, la mère de Nour
02 Ce qui n’existait pas près de chez elle

La langue se parlait à la maison. Elle ne s’écrivait nulle part.

schoolL’école française — anglais en primaire, arabe nulle part.
mosqueL’association du quartier — cours le samedi matin, orientés religieux, et trente enfants de niveaux mélangés.
homeSes parents — parlent parfaitement, n’ont jamais enseigné. Les séances à la maison finissaient en dispute.
smartphoneUne application — de l’arabe classique pour adultes débutants. Nour comprenait déjà tout ce qu’elle entendait.
03 La rencontre

Une mentore à Sfax, pour une élève à Lyon.

Le cas de Nour est particulier : elle n’est pas débutante à l’oral. Il fallait une mentore capable de partir de ce qu’elle savait déjà entendre, et de sauter tout le vocabulaire de base.

RB Rym B.verified Arabe · enfants de la diaspora 5,038 avis
videocamEn ligne event_availableMercredi 18:00 schedule45 min payments45 DT

Première séance, Rym ne montre pas l’alphabet. Elle demande à Nour de lui raconter sa journée — en arabe, ce qu’elle fait sans effort. Puis elle écrit une phrase de Nour devant elle. « Ça, c’est toi qui viens de le dire. »

04 Les séances

On écrit ce qu’elle sait déjà dire.

Mois 1Son prénom, celui de ses frères, celui de sa grand-mère. Rien d’autre. Elle les écrit cent fois.
Mois 3Les phrases de sa vie quotidienne, celles qu’elle prononce tous les jours, mises à l’écrit.
Mois 5Elle lit une lettre de sa grand-mère à voix haute, en butant, sans l’aide de sa mère.
Mois 7Elle écrit sa première réponse seule. Quatre lignes, des fautes, envoyées telles quelles.
Mois 10Les deux s’écrivent directement. Sa mère ne relit plus.
05 Un an plus tard

Un cahier de lettres, à son nom.

14 lettres écrites et envoyées seule,<br>en un an. Une séance de 45 minutes par semaine en visio, avec une mentore à Sfax. Sa grand-mère les a toutes gardées.

Je croyais lui offrir un cours d’arabe. Je lui ai offert sa grand-mère.

ATAmel
CE QUE « LANGUE D’ORIGINE » CHANGE ICI

Elle n’apprenait pas
une langue.
Elle apprenait à
l’écrire.

Un cours de langue part de zéro : vocabulaire, prononciation, structures. Nour savait déjà tout cela — elle l’entendait depuis sa naissance. Le travail portait uniquement sur le passage à l’écrit, ce qu’aucun cours pour débutants ne propose.

abcPartir de zéroAlphabet, salutations, couleurs. Neuf ans d’avance perdus.
editPartir de sa voixÉcrire les phrases qu’elle prononce déjà. Le sens est acquis, la forme reste.

C’est aussi pourquoi la visio convient ici : la bonne mentore est souvent dans le pays d’origine, pas dans le quartier.

Ton enfant comprend et ne sait pas lire.

Arabe, tamazight, turc, portugais. Des mentors habitués aux enfants de la diaspora partent de ce que l’enfant entend déjà chez lui.

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