Née à Lyon, elle comprend l’arabe que ses parents parlent à la maison et ne sait pas le lire. Ses grands-parents lui écrivent depuis qu’elle sait tenir un crayon. Elle n’a jamais pu répondre.
Sa grand-mère écrit à la main, en arabe. Nour reconnaît son prénom en haut de la page et rien d’autre. C’est sa mère qui lit à voix haute, et qui écrit les réponses sous sa dictée.
Elle me dictait des phrases pour sa grand-mère. À neuf ans, elle a commencé à trouver ça humiliant.
Le cas de Nour est particulier : elle n’est pas débutante à l’oral. Il fallait une mentore capable de partir de ce qu’elle savait déjà entendre, et de sauter tout le vocabulaire de base.
Première séance, Rym ne montre pas l’alphabet. Elle demande à Nour de lui raconter sa journée — en arabe, ce qu’elle fait sans effort. Puis elle écrit une phrase de Nour devant elle. « Ça, c’est toi qui viens de le dire. »
Je croyais lui offrir un cours d’arabe. Je lui ai offert sa grand-mère.
Un cours de langue part de zéro : vocabulaire, prononciation, structures. Nour savait déjà tout cela — elle l’entendait depuis sa naissance. Le travail portait uniquement sur le passage à l’écrit, ce qu’aucun cours pour débutants ne propose.
C’est aussi pourquoi la visio convient ici : la bonne mentore est souvent dans le pays d’origine, pas dans le quartier.
Arabe, tamazight, turc, portugais. Des mentors habitués aux enfants de la diaspora partent de ce que l’enfant entend déjà chez lui.
Trouver un mentorarrow_forward