Ses trois enfants nagent. Lui garde les serviettes. Il ne savait pas nager et n’avait jamais dit pourquoi : à sept ans, on l’avait poussé dans un bassin pour qu’il « apprenne tout seul ».
Chaque été, la même place. Ses enfants ont fini par ne plus lui demander de venir dans l’eau. L’aîné, 14 ans, a dit un jour devant ses amis : « mon père il aime pas l’eau ». Walid n’a pas corrigé.
Je ne leur ai jamais dit que j’avais peur. C’est plus facile de dire qu’on n’aime pas.
Walid a écrit sa demande en une phrase : « 44 ans, je ne sais pas nager, et je ne veux personne autour ». Deux maîtres-nageurs ont répondu qu’ils travaillaient en bassin privatisé aux heures creuses.
Première séance, ils ne quittent pas les marches. Sami lui demande d’où vient la peur, écoute l’histoire des sept ans, puis énonce une règle : « Je ne te toucherai jamais sans te prévenir, et tu sors quand tu veux. »
Mon fils m’a demandé de faire la course. J’ai perdu. Je m’en souviendrai toute ma vie.
Sonia savait déjà quoi faire et ne le faisait pas. Walid, lui, ne savait rien — mais l’obstacle n’était pas là. Aucune explication technique ne franchit une peur de trente-sept ans : il fallait un mètre carré à la fois, et quelqu’un qui annonce chacun de ses gestes.
C’est pourquoi ces coachs travaillent en bassin calme, hors des heures de club : le regard des autres fait partie de l’obstacle.
Natation, conduite, prise de parole, vélo. Des coachs habitués aux adultes débutants travaillent au rythme que tu fixes, à l’abri des regards.
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